CHEVELLE : Entretien avec SAM LOEFFLER

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CHEVELLE ouvrait pour AVENGED SEVENFOLD et DISTURBED en guest le jeudi 2 mars à Bercy (AccordHotels Arena). On ne va pas vous mentir, avec Sleaze This City, c’était l’occasion rêvée afin d’aller s’incruster un peu dans les couloirs de la salle de concert, pour y prendre la température des musiciens. SAM LOEFFLER , le batteur de CHEVELLE, nous a consacré un peu de temps avant le show.

Pour ce qui est du concert, pas d’inquiétude, votre reporter s’est aussi faufilée dans le public et vous racontera la soirée dans le détail. Place aux questions.

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Sleaze This City : Bienvenue à Paris ! Alors, vous venez tout droit de votre concert précèdent à Lille, n’est-ce pas ?

Sam Loeffler : Oui, exactement. Malheureusement, on n’a pas beaucoup de temps à passer ici pour visiter. Mais ma femme est australienne, et elle m’a interdit d’aller visiter quoi que ce soit avant qu’on y retourne ensemble. En vérité, c’est la quatrième fois que je viens ici, et je n’ai toujours pas bien vu Paris.

STC : On te le souhaite ! Bon, on a quelques questions pour toi. En tout premier, il faut revenir sur le fait que le groupe est, et a été de tout temps une sorte d’histoire de famille. Vous êtes des frères qui vous étiez mis ensemble pour jouer au départ, et même Dean qui a pris le poste de bassiste est étroitement lié à la famille. Qu’est-ce qui a insufflé la musique dans la fratrie au tout début ?

Sam : Au départ mon frère Pete, qui est chanteur, et moi, nous avons commencé à apprendre à jouer de nos instruments en même temps. Et puis va savoir pourquoi, jouer des reprises de la musique d’autrui ne nous intéressait pas tant que ça. D’emblée on a commencé à écrire notre propre musique. D’abord, il n’y avait que nous deux, et ensuite, Joe a attrapé une basse, et ça l’a pris comme ça. Il savait en jouer presque naturellement, c’était inné. Cependant, il a quitté le groupe il y a environ douze ans. Ça ne lui plaisait pas, il n’aimait pas trop partir en tournée. Il a souhaité qu’on engage quelqu’un, la suggestion venait directement de lui. Dean l’a remplacé par la suite, c’est en effet notre beau-frère.

STC : C’était à l’époque où vous étiez en tournée avec Nickelback, vers 2006, pas vrai ?

Sam : Ah oui, c’est vrai, très juste ! C’est marrant, parce que sur cette tournée justement, on était aussi en train d’écrire notre prochain album. Ça a très bien marché, parce qu’on avait besoin de cette tournée pour en préparer la sortie. Mais comme on avait déjà rencontré Dean, il y a vingt-quatre ans, tandis qu’on jouait encore de façon plutôt locale et qu’il était dans un autre groupe, en tant que batteur. C’est un tueur à la batterie.

STC : Ça n’a pas été trop la guerre entre vous ? (rires)

Sam : Au contraire, regarde, je peux même te dire que sur notre dernier album, on a travaillé ensemble à la batterie. Il y a un excellent échange entre nous.

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STC : Et qu’en est-il de Joe, vous communiquez toujours, vous êtes en bons termes avec lui toi et Pete ?

Sam : Non, malheureusement, il est souffrant et s’est éloigné de la famille. Ce n’est rien, t’inquiète pas, c’est une réalité même si c’est un peu triste. Toutes les familles sont confrontées à ce genre de problème.

STC : Quand on jette un coup d’œil à la façon dont le groupe poursuit sa carrière, en fait, vous ne faites qu’enchaîner studio et tournées, sans prendre une seule pause conséquente depuis le début. Comment vous faites ?

Sam : (rires) C’est vrai, c’est comme ça que ça marche ! Sérieux, Pete ne s’arrête jamais d’écrire. Il est tout le temps super inspiré. C’est sa passion, il n’y a pas un jour sans qu’il joue, sans qu’il chante… Il a un studio chez lui, et il me dit toujours « Si tu passes à la maison, on écrira une chanson ». Et en effet, quand je lui rend visite, il y a toujours un morceau qui en découle. C’est un peu pourquoi on ne s’arrête jamais. Il adore ça, il ne se sent jamais poussé, mais il bosse dur chaque jour. Parfois, j’ai limite du mal à le faire sortir de son studio, il s’y enferme douze ou quatorze heures par jour.

STC : Est-ce que ta pratique de la batterie diffère beaucoup de cela ?

Sam : Je ne joue pas tous les jours. Au contraire, Pete, lui, joue de la guitare absolument tous les jours, que ce soit une demi-heure ou bien des heures entières, et il chante tout le temps. Tu vois, c’est pour ça qu’on a autant de musique en stock.

STC : Il y a une phrase que tu as dite pendant une interview, qui date d’il y a quelques années. J’aimerais qu’on reviennent ensemble sur son sens, si tu veux bien. Tu as dit « Les morceaux sont une construction, il ne faut pas trop aller au plus simple ». Qu’est-ce que ça veut dire, en fait ?

Sam : Alors… Je veux dire tout un tas de trucs, ici. Déjà, écrire une chanson, c’est mettre en place quelque chose de plus en plus gros pour que ça puisse sortir de manière puissante, en y mettant un crescendo, tu vois. Dans le titre avec lequel on ouvre ce soir, qui s’appelle ___, qui vient d’un ancien album mais qui est plutôt appropriée pour débuter le concert, il y a de la nuance. À la fin, tu ne peux que bouger en rythme, secouer la tête. D’autre part, quand je parle de ne pas rester trop simple, de façon générale je veux dire qu’on n’aime pas du tout écrire une mélodie, ou même des paroles qui se devinent à l’avance. Par exemple, dans tout l’album, tu ne retrouves aucune rime, et c’est fait exprès. C’est un bon exercice pour défier un peu la compréhension et l’écoute de l’auditeur. Je n’ai rien contre les rimes, c’est très bien. Comme en poésie, c’est difficile de concilier quelque chose de mélodique avec quelque chose qui ne rime pas. Mais c’est avant tout un challenge, aussi bien pour le public que pour nous.

STC : Vous avez bossé avec Joe Barresi (qui a collaboré avec Tool, Queens Of The Stone Age, L7… ndlr) sur les deux derniers albums du groupe. Est-ce que tu peux me décrire la nature de votre rapport avec son travail, et est-ce que vous êtes prêts à collaborer avec lui à nouveau ?

Sam : Je ne suis pas encore sûr, déjà, je ne sais pas si on va procéder de la même façon que pour l’album précédent. Une fois, on avait enregistré un album directement dans le studio de Joe, et le tout dernier avait aussi été préparé avec Joe mais dans un tout autre studio. Au final, on pensait que ça sonnerait différemment, mais on s’est rendu compte que le lieu n’avait pas d’importance pour enregistrer. Pour notre prochain album, je pense qu’on va essayer de travailler un maximum depuis notre propre studio, mais Joe le mixera également je pense, et en produira une partie également. Il sera impliqué une fois de plus, c’est quasi sûr. Ce mec sait tout, c’est quelqu’un de très bien à fréquenter, il est tellement optimiste… Il fait partie de ces quelques producteurs qui peuvent aussi attraper un instrument et jouer. C’est surprenant, tout comme il est un peu aberrant que la plupart ne soient pas du tout musiciens, ce qui est un peu frustrant. On se sent comme si on ne parlait pas la même langue !

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STC : Parmi les groupes avec lesquels vous avez tourné, ou que vous avez croisés au détour de certaines scènes, est-ce qu’il y en a avec lesquels vous avez eu de mauvaises expériences ?

Sam : Il y a eu des tournées où le problème n’était pas dans le crew, ni parmi les membres du groupe, mais le soucis résidait plutôt dans le public. En première partie d’Anthrax, par exemple, et systématiquement, leur public nous détestait. Les gars du groupe étaient cool, pourtant, mais c’était plutôt dur de se faire limite jeter de la scène. Par la suite, on a pu détourner certaines propositions en présupposant que le public du groupe tête d’affiche allait nous haïr. On s’entend bien avec les autres, en général, c’est rare qu’on s’embrouille avec des gens. Mais par le passé, avec notre frère Joe, c’était plus compliqué. Il s’est battu avec Marilyn Manson un jour. On adorait traîner avec ce mec, pourtant, on déjeunait souvent avec lui. Je ne me souviens plus vraiment du motif de la dispute… Aussi une fois, Dean a eu une altercation avec un des gars de Slipknot. Dean ne se laisse pas faire. (rires)

STC : Au contraire, est-ce qu’il y a un groupe que vous n’avez pas encore eu l’occasion de jouer avec lequel vous rêveriez de partager la scène ? Peu importe, que vous soyez la tête d’affiche ou eux, ou en festoche…

Sam : Mmh. System Of A Down, on les a déjà côtoyés mais jamais pour jouer sur la même scène. C’est un de mes groupes préférés, en plus. Je ne sais pas, après… Soundgarden, aussi. Il nous ont demandé de faire quelques concerts avec eux, ça aurait été terrible mais on n’a pas donné suite, il n’y avait pas assez de dates pour que ça vaille le coup. Il y a quelques années sinon, on a fait quelques concerts avec Alice In Chains. Très bon souvenir aussi.

STC : Chevelle est déjà passé par la France, comme tu nous l’as rappelé en début d’interview. C’était à La Maroquinerie il y a quelques années. Pour toi, en dehors de la taille de la salle, quelle est la plus grande différence entre cette expérience, et ce que vous vivez en ce moment avec Avenged Sevenfold et Disturbed ?

Sam : À Lille, on est allés boire un coup et traîner un peu dehors, même s’il faisait un peu froid et qu’il pleuvait. On sent la différence, dans la mesure où cette ville confère un sentiment vraiment européen. C’est une vieille ville, et il n’y a pas beaucoup de paysages notables comme celui-ci en Europe. Voir ce genre de choses, ce genre d’architecture, je pense que c’est un privilège. Et les concerts sont différents, comme tu peux t’en douter. La plus grosse différence, c’est que quand tu pars en tournée en tête d’affiche, tu descends du bus, tu vas prendre ton petit-déjeuner, et tu te promènes un peu. Alors que là, on est un tout petit peu plus coincés, dans notre bulle du matin au soir. D’autant plus qu’on joue assez tôt, donc pas le temps de flemmer ! Ce qui est fun, en Europe, enfin je veux dire en dehors des Etats-Unis, c’est que les pays où on fait les plus gros shows, ce sont la Russie et la France.

STC : Même pas le Canada ? Et vous n’êtes pas encore trop allés du côté de l’Asie, il me semble. Cette tournée est peut-être l’opportunité pour vous de voir du pays.

Sam : J’aurais pensé au Canada en premier, moi aussi. C’est vrai qu’on ne s’est pas trop baladés en Asie pour l’instant. On a eu des propositions, mais ça ne saurait tarder. Le tourneur avec lequel on bosse nous positionne davantage en Europe, c’est vrai. En Allemagne, pourtant, personne ne s’intéresse à nous au point de nous faire de la com, ou de soutenir notre album. Alors qu’en France, là… Sony nous aide beaucoup. C’est ça la grosse différence, on reçoit plus de soutien ici et ça consolide vraiment notre venue dans le coin. On a pour projet d’aller jouer au Japon, peut-être l’année prochaine, mais on verra. Ils ont une sacrée tendance à annuler des trucs, là-bas.

STC : On te le souhaite, et éclatez-vous sur la tournée en cours aussi, on a hâte de voir ça !

Sam : Merci, c’est cool, j’espère que le show va plaire ce soir.

STC : Une dernière petite question pour toi : ce serait quoi, ton animal spirituel ?

Sam : Oh, mon animal spirituel ? Pas mal, ça… Mmh, un tyrannosaure rex. Voilà.

Propos recueillis par CHERRY.

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