LAURA COX BAND : Entretien avec LAURA

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Vous connaissiez cette jeune fille brune qui faisait déjà un paquet de vues sur YouTube. L’heure est venue de vous présenter LAURA COX sous un autre jour ; en effet, avec le LAURA COX BAND, la guitariste française sort tout juste son premier album, Hard Blues Shot (disponible dès le 10 mars). Retour sur son parcours et petit aperçu de ce que la machine a dans le ventre. Vous n’en serez pas déçu…

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Sleaze This City : Tu sors avec ton groupe un bel album de dix titres. Mais revenons au tout début : on peut lire sur toi, que plus jeune, c’est en regardant des vidéos de guitaristes sur YouTube que tu t’es dit « Pourquoi pas moi ? ». Est-ce que tu peux raconter un peu cette période, et éventuellement nous donner des noms de youtubers ou youtubeuses qui t’avaient influencée à l’époque ?

Laura Cox : Alors déjà, c’étaient que des garçons, parce qu’à l’époque, en 2008 il n’y avait pas trop de filles qui faisaient ce genre de truc. Maintenant, t’en as plein plein ! Mais à l’époque il n’y en avait pas. Attends, je ne me souviens même plus de leurs nom… Si, par exemple, un type qui s’appelle Yann Laird, un anglais, je crois. Sam Coulson, que je suis encore maintenant, qui a une super chaîne et qui est très bon techniquement. Globalement, c’était eux. Il y avait aussi une chaîne qui s’appelait Pastors of Muppets, aussi… Des choses pas forcément très connues, mais qui m’ont motivée, des petits gars, parfois des ados, qui faisaient de la guitare super bien. C’est eux qui m’ont donné envie d’apprendre des morceaux, comme Sweet Home Alabama, j’ai eu envie d’essayer moi aussi. Sans attendre quoi que ce soit. Je n’ai jamais cherché à faire le buzz. Et finalement, c’est bien, comme il n’y avait pas trop de filles sur ce créneau-là, ça a pris, et tant mieux.

STC : Et comment tu décrirais l’évolution qu’il y a eu depuis, sur ce terrain-là ?

Laura : Ouais, franchement, si je commençais maintenant, ça prendrait pas du tout. T’as trois millions de filles qui sont bien meilleures que moi, je pense que le créneau est saturé maintenant. Donc heureusement, ça a été ma petite chance de commencer tôt. Même au niveau global de réalisation de vidéo, t’as du niveau de nos jours ! Et puis YouTube, il me semble que c’est pas si vieux, ça doit dater de 2005 (on a vérifié, ndlr). Mais maintenant, avec plusieurs caméras, etc., c’est très évolué. À l’époque, du moment que les gars jouaient bien, ça m’intéressait déjà assez.

STC : Te voilà désormais, tu es passée de derrière ta caméra à la scène. Hormis ce projet qui est au premier plan maintenant, est-ce que tu as eu d’autres expériences en groupe par le passé, des trucs à nous raconter ?

Laura : Je n’ai pas eu d’autre projet. En fait, jusqu’à ma rencontre avec Mathieu (Albiac, ndlr) qui est le guitariste du groupe, j’avais jamais fait de scène, j’étais bloquée tranquille derrière mon ordi. J’avais même pas envie, en fait ! J’étais toute seule chez moi, derrière ma webcam, et ça m’allait très bien de jouer seule.

LauraCox1Crédits Photos via facebook de Laura Cox

STC : Tu as du recevoir des tonnes de sollicitations, pourtant.

Laura : Oui, beaucoup, mais ça ne me disait pas. J’avais juste envie de jouer, sans stress. Et en 2010-2011, j’ai rencontré Mathieu qui m’a dit « Attends, t’as jamais joué avec quelqu’un ? Mais attends, on va jouer ensemble ! ». Donc il m’a tiré hors de ma chambre. Jusqu’alors, c’est un exercice que je ne connaissais pas du tout, j’avais l’habitude de jouer sur des backing tracks, avec un accompagnement derrière moi. Jouer avec de vraies personnes, ça change tout. En 2011 on a commencé à bosser des compos, et en 2013 on a monté le groupe qui a pas mal évolué, il y a plusieurs line up. Mais avant ça, je n’avais jamais eu de groupe. C’est ça qui me faisait peur, en fait. J’avais des millions de vues sur YouTube, et j’avais peur d’être un peu attendue, lors de la première scène que j’allais faire comme je n’avais jamais fait de scène, j’espérais ne pas me vautrer.

STC : Et maintenant, comment tu te sens, sur scène ?

Laura : Maintenant ça va mieux, en trois ans, on a eu pas mal d’expériences. Maintenant qu’on a trouvé un tourneur et qu’on a signé, que l’album sort, on commence à être habitués à ça et il y a pas mal de dates qui arrivent. Mais à l’époque, en 2011, même si j’avais une dizaine d’années de guitare derrière moi, je n’avais absolument jamais fait ça.

STC : Et puis la transition doit être assez étrange à vivre, entre internet et le public…

Laura : Ouais, carrément ! Sur internet, tu t’en fiches, les gens commentent, et ils peuvent critiquer, c’est facile. Il y aura toujours des gens pour critiquer partout, mais c’est d’autant plus simple derrière un écran. J’avais un peu peur du public au début aussi, mais j’ai pris un peu plus d’assurance depuis, et puis ça me plaît d’être entourée, j’ai trois garçons avec moi, donc je ne me sens pas toute seule non plus.

STC : Est-ce que tu as déjà eu affaire à des réactions de gens qui comparent ce que tu fais sur scène et ce que tu fais en vidéo ?

Laura : C’est vrai que sur YouTube, il y a plus de guitare, et les gens attendent ça. Sauf que ce groupe, c’est un groupe de rock, et on a voulu monter quelque chose de cohérent. Je chante aussi, je ne peux pas tout faire en même temps. J’essaie de ne pas mettre trois minutes de solo dans les morceaux ! Les gens regrettent qu’il n’y ait pas assez de guitare dans le groupe, ça, oui. Globalement, les gens sont positifs, ça fait très plaisir.

STC : Après tout ce temps, on peut dire que l’album sort « seulement » maintenant. Dans le contexte de cette sortie, est-ce que tu penses qu’il y a une difficulté, un défi majeur pour s’insérer sur le marché en France, notamment dans ce genre de musique ?

Laura : Déjà, c’est peut-être ma vision, et c’est peut-être faussé, mais j’ai la sensation qu’il n’y a pas de marché pour ça en France. Et à partir du moment où tu décides de faire ce genre de musique-là, du rock, et même pas du rock moderne ou dans le genre Shaka Ponk qui peuvent marcher, mais du rock vintage plus old school, comme il n’y a pas de marché, au moins on ne s’attend à rien. Je sais que ça ne fera jamais un gros hit en France, à l’époque à laquelle on vit, mais on se fait plaisir. Si jamais il nous arrive quelque chose, tant mieux ! Je vois ça de manière positive, parce que pas mal de gens suivent déjà. Je remarque qu’il y a plus d’étrangers qui suivent et qui demandent. Ces dernières années, comme je bosse pour Guitar Part le magazine de guitare français, je vois que plus de français me suivent, ça a aidé. Là, on a signé avec une maison de disque française, donc on s’attend à plus de com auprès du public français. Je vais voir jusqu’où on peut aller. Je sais que dans notre créneau, on n’ira pas jusqu’aux NJR Music Awards, hein ! (rires) J’espère que non, franchement. Il y aurait eu un truc bizarre dans notre musique. Après, il y a des émissions où ça n’est pas impossible, Gojira a été invité au Petit Journal, mais après… Il y a des limites en France. Mais on le sait, on fait ça juste pour se faire plaisir, sinon on aurait fait de l’électro ! J’ai bon espoir. L’album va sortir, j’en ai eu de bons retours jusque-là, on a eu quelques passages radio…

laura_cox_band_1Crédits Photos : Patrick Guérin (via site www.lauracoxband.com)

STC : Et je crois que vous êtes plutôt bien classés dans les précommandes les plus signifiantes à la Fnac, non ?

Laura : Oui, en ce moment on est 24e ou 25e sur 500. Dans le top des précommandes, on est devant James Blunt, on est devant Jamiroquai, j’y croyais pas. Au départ, on me disait que les vues sur YouTube, c’est pas forcément des gens qui achètent ton CD. Eux, ils sont habitués à regarder des vidéos, qui plus est des vidéos gratuites, alors ce n’est pas acquis. Il faut les bouger. Mais ça démarre bien. Maintenant, j’espère que les gens qui ont précommandé vont aimer l’album, surtout.

STC : On se demandait, avec ce passage de YouTube aux concerts, c’est un intérêt majeur de garder ton nom, qui est aussi le nom de ta chaîne, dans le nom du groupe. Toutefois, est-ce que tu penses que c’est amené à changer un jour, que la notoriété du groupe dépassera celle de ton nom sur YouTube, jusqu’à éventuellement changer de nom ?

Laura : On y a pensé, ça a été la grosse questions ces dernières années. Au début, le groupe s’appelait juste « Laura Cox ». Bon, c’est compliqué, les gens savent pas que c’est un groupe, une artiste en solo, une chanteuse… Je voulais vraiment qu’on sente que c’est un groupe, je ne voulais pas être considérée comme un artiste toute seule. Comme je te l’ai dit, je me sens mieux quand je suis entourée par des musiciens. Bon, en l’occurrence, aujourd’hui ils ne sont pas là (rires). Sur les visuels, dans la promo, sur scène, on est ensemble. Mais au moins, en gardant mon nom, on ne partait pas de zéro. Les gens peuvent se dire « Ah, si, je crois que je la connais ! ». Je peux te dire qu’on a déjà pensé à prendre un autre nom, mais pour l’instant ce n’est plus d’actualité. On ne sait jamais ce qui peut arriver, mais comme le premier album porte ce nom, ce serait bizarre de changer. Je pense qu’on va rester comme ça.

STC : On aimerait savoir un truc, à toi de te lâcher là-dessus. Qui serait le groupe avec lequel tu rêverais de tourner ?

Laura : Franchement, j’ai laissé tomber l’aspect un peu « rêve » de rencontrer ses idoles, avec internet, les réseaux sociaux, tout est assez ouvert, tu peux rencontrer des gens, je ne dirais pas « facilement », mais tu sais que c’est possible. Après, dans mes espoirs les plus fous, il y a des nouveaux groupes que j’écoute actuellement, comme par exemple Black Stone Cherry que j’adore, Airbourne, Blues Pills, Rival Sons, Halestorm, alors eux ce serait magnifique parce que Lizzy Hale c’est un de mes gros modèles au niveau de la voix. Tous ces groupes que je te cite sont assez récents. C’est vrai qu’avant, j’étais plus axée ZZ Top, AC/DC, les Guns… J’écoutais que des trucs anciens. Et puis ces trois-quatre dernières années, j’ai eu des révélations, et je me dis que le rock a de l’avenir. Bon, ce ne sont pas des français, mais c’est déjà bien ! Si je pouvais faire leur première partie un jour, ce serait top.

laura_cox_band_2Crédits Photos : Didier Bonin (via site www.lauracoxband.com)

STC : Avant de te mettre à faire de la musique de façon plus poussée, tu faisais des études, comme la plupart d’entre nous. Si jamais tu n’avais pas eu l’opportunité de booster ta carrière musicale, tu aurais poursuivi dans quelle voie ?

Laura : Si YouTube n’avait pas trop marché, mais en jouant quand même de la guitare, j’aurais fait ce que je fais actuellement, c’est-à-dire travailler dans un magasin de musique, parce que c’est ce qui se rapproche le plus de la guitare. De toute façon, c’est exactement ce que je fais en ce moment, à mi-temps, pour m’aider un peu niveau financier. Sinon, il y a un truc qui n’a rien à voir que j’aurais bien aimé, c’est faire des doublages dans les dessins-animés ! Ça m’aurait fait marrer, si je n’avais pas du tout touché à la musique.

STC : C’est plutôt génial, même si certains se posent la même question que nous, que tu joues avec des mecs. Mais pourquoi ne pas avoir monté un groupe de filles ?

Laura : Je n’ai ni cherché des filles ni particulièrement cherché des garçons, en fait. Je cherchais simplement des gens pour m’accompagner, et il se trouve que les garçons sont quand même beaucoup plus simples à trouver. Parce que pour trouver une super guitariste, une super bassiste, une super batteuse… J’en connais très peu, et elles sont souvent déjà prises parce que justement, assez prisées. Je me sens bien avec des garçons, je pense que c’est moins « prise de tête », je suis bien avec eux. C’est bizarre aussi de vouloir former un groupe 100% féminin, ça veut dire qu’on pense marketing derrière, comme si ça devait forcément marcher mieux… Je voulais trouver avant tout des gens qui veulent jouer.

STC : Mais au final, pour toi, au fond être une fille dans ce milieu, c’est un frein ou un atout ?

Laura : Je préfère me dire que c’est un atout. Si j’avais été un garçon et si j’avais posté ces mêmes vidéos sur YouTube, ça n’aurait rien donné. Il y a trois millions de garçons qui jouent mieux que moi. D’un côté, c’est pas juste, c’est surtout que j’ai eu de la chance je pense. Ça peut être un frein, il y a plein de gens machistes, sexistes, et tout… Qui diront que j’ai des vues parce que je suis une fille. Mais non, je leur réponds que j’ai des vues parce que je suis une fille et parce que je joue bien. Voilà. Mais être une fille m’a aidée à sortir un peu du lot, peut-être. Je préfère le voir comme un point positif. S’il y a des commentaires sexistes sous mes vidéos, tant pis !

STC : Niveau paroles, tu te vois écrire en français un jour ? L’album ne contient que quelques phrases en français…

Laura : Que en français, non, ça n’arrivera jamais. L’anglais reste la langue la plus compréhensible par tous. Certains m’accusent de renier mon pays, alors que non, doucement, c’est juste de la musique. C’est pareil quand je poste un message sur Facebook, les français m’accusent, et si je parle français, les étrangers anglophones ne comprennent pas. C’est pour ça que je fais les deux. Niveau paroles, ce n’était pas du tout d’actualité, mes influences déteignent sur ce qu’on fait, alors naturellement et comme mon père est anglais, je fais de la musique avec des textes en anglais. Mais il est vrai qu’il y a des étrangers qui seraient intéressés de m’entendre chanter en français. Ils trouvent ça exotique ! Mais dans la dernière chansons de notre album, il y a un couplet en français en effet. Ça vient de Mathieu, parce qu’il est meilleur parolier en français que moi, bien meilleur. Ça ouvre un peu les portes, on aura des retombées là-dessus, et à l’avenir on pourra essayer ça sur un titre, juste une chanson, pour voir. Pourquoi pas.

STC : Une dernière question : ce serait quoi ton animal spirituel ?

Laura : Mon animal spirituel ? Mais c’est super compliqué, ta question ! Euh… Je dirais… Le chien de Mathieu, c’est un berger australien, du coup, c’est ma réponse. Parce qu’il est gentil, et un peu con.

 

Le Laura Cox Band est actuellement en train d’arpenter les routes de France, et passera notamment par La Cave d’Argenteuil (dans le 95) le 10 mars prochain. D’autres dates sont à venir, n’hésitez pas à checker !

Propos recueillis par CHERRY


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