HEADCHARGER : Petite entrevue avec Romain et Sebastien

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L’album HEXAGRAM vient tout juste de paraître, dans lequel HEADCHARGER se propose d’asseoir davantage un style plus rock, plus heavy, après avoir parcouru tout un tas de nuances que renferme la palette du groupe. Sébastien Pierre (chant) et Romain Neveu (basse) nous aident à déchiffrer un peu l’hexagramme.

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Sleaze This City : Ça fait maintenant trois ans (déjà ? 2014 ?) que Black Diamond Snake est sorti…

Sébastien Pierre : Et on aimerait sortir des trucs plus souvent !

STC : Mais ça doit être chaud, d’être constamment sous la tension inhérente à l’écriture ?

Sébastien : Ce n’est jamais un effort.

Romain Neveu : En effet, au contraire, on garde tout, et parfois on ressort quelque chose qui remonte à dix ans en arrière en se disant « Tiens, c’est sympa ! ». Maintenant, avec l’informatique, tu peux tout faire, tout mettre dans un disque dur et conserver longtemps ce que tu fais.

Sébastien : Ça reste de la musique, il y a pire ! (rires)                         

STC : Donc, 2014-2017, il s’est passé quoi entre temps ?

Sébastien : Déjà, une tournée, il y a eu pas mal de choses qui se sont passées. Le processus de composition en a fait partie, comme on disait. On avait l’habitude de sortir un album tous les deux ans, mais tu vois, pour celui-ci on avait envie de prendre notre temps, d’être plus sereins. On trouve que sur cet album il y a une forme de sérénité qui se dégage, et qui nous est parfaitement convenue. Je pense que l’auditeur appréciera d’autant plus. Il y a un truc d’ouvert, de serein, d’initiatique. Hexagram est l’album de ce qu’on est, à cet instant T, sans se poser de question, c’était devenu une évidence d’asseoir les prémices de ce qu’était devenu Headcharger depuis The End, qui marquait le virage du groupe. En quittant le côté hardcore pour rejoindre un côté plus rock et heavy, ce qui est ressorti, c’est Hexagram, et maintenant, on y est.

STC : J’allais vous demander, justement, dans ce grand mouvement de virage…

Romain : C’est clair que depuis le premier album, il y a eu du changement, mais on peut quand même constater une certaine continuité ! C’est une évolution vers le rock, en gardant un côté « métal », à la limite il y avait encore quelques bribes de chant gueulé jusqu’à Slow Motion Disease, puis le petit virage s’est fait. C’est ce qu’on souhaitait, c’est-à-dire digérer un peu les influences de chacun.

STC : Est-ce que vous pensez que cet album stabilise un peu votre style ? Vous vous voyez globalement continuer dans cette sauce ?

Romain : Pour le savoir, il faudrait un nouvel album, qu’on se remette dedans. Ce qu’on sait, c’est qu’on ne partira pas non plus faire du black metal… On veut se faire plaisir, en tant que musicien on sait ce qu’on aime jouer et on a aussi nos limites, on est toujours perfectibles, mais on sait davantage ce qu’on veut. Il est toujours possible d’agrémenter de ci de là, peut-être plus lourd, plus heavy, ou plus speed comme certains morceaux d’Hexagram… On peut toujours étoffer.

Sébastien : Au final, un album, c’est toujours un résultat d’un instant précis, donc sur un prochain album, aura-t-on envie de faire passer le même propos musicalement ou non ? Je ne peux pas te le dire. C’était ce qu’on avait envie de faire, et ce qui nous ressemblait le plus à ce moment-là.

HeadchargerPhoto par Mathieu EZAN

STC : Justement, tu parles de « propos », c’est un concept très perceptible à l’écoute de l’album, autant dans les termes que dans la musique. Cette idée qui sort, finalement, c’est cette dualité, le yin et le yang, l’ombre et la lumière. Est-ce que selon vous, la dualité est une potentialité positive ou négative ?

Sébastien : Ça peut permettre d’aller de l’avant ! Le fait de se poser les bonnes question au bon moment, et de ne pas considérer toute chose comme acquise, c’est un peu l’histoire de cet album. Se remettre en question, ne pas avoir peur de faire face à ses démons, ça permet de se libérer. Après, il y a des formes de pathologies qui font que ça peut être un frein, évidemment. Mais dans le processus de cet album, ça nous a fait aller de l’avant plus qu’autre chose.

Romain : C’est un principe de la vie que tu retrouves partout. Il y a des gens blancs, des gens noirs, des blonds, des bruns. C’est ce qui forme l’équilibre dans le monde après tout, si on était tous les mêmes, identiques… Ouais, bon, voilà, t’as compris. Ça fait partie d’une entité collective qui doit être variée et équilibrée.

Sébastien : Du coup, je crois que le prochain album sera un album de reggae. (rires)

Romain : Merde, il va falloir que j’apprenne la basse reggae…

Sébastien : Laisse tomber, il y a une idée qui m’est venue là !

STC : J’ai un scoop pour mon interview, merci les gars, ça va devenir viral sur le net. Bref, autre chose : vous êtes accompagnés d’un nouveau batteur (Rudy Lecocq, ndlr), depuis juste avant Black Diamond Snake. Depuis, est-il définitivement intégré, et que vous apporte-t-il sur Hexagram ?

Romain : Déjà, c’est un pote qu’on connaît depuis une quinzaine d’années. On a fait pas mal de concerts ensembles, à l’époque où Headcharger s’appelait encore Doggy Style, il était aussi dans son propre groupe, Excessive Silence et il y est toujours d’ailleurs. Pas si facile pour lui d’arriver sur la composition de Black Diamond, notre batteur de l’époque venait de repartir aux Etats-Unis, fin bref. Nous voilà sans batteur, on aurait pu demander à d’autres gars mais avec plusieurs difficultés. On s’est dit qu’on allait demander à Rudy, enfin, re-demander, quatre mois avant de rentrer en studio.

Sébastien : Artistiquement, sur Black Diamond, autant te dire qu’il n’a joué que ce qui était écrit. Par contre, dans Hexagram, le processus est tout autre. Il a apporté sa patte, il a digéré le style et la batterie Headcharger. Comment dire… Il nous a un peu mis le nez dans notre caca, face à nos travers dans la composition. Ça nous a fait vachement de bien. Il y a eu quelque chose de très constructif, qu’on avait eu tendance à oublier, c’est pour ça qu’on est aussi fiers de Hexagram. C’est véritablement le premier album où on est à poil.

Romain : Il a vu le groupe de l’extérieur pendant longtemps, et cet œil et cet oreille extérieurs nous ont permis de nous recentrer tous ensemble. Tout en incluant son style très fou, hyperactif. En trois ans, entre les répètes, le studio, il a trouvé sa place super naturellement, même en ouvrant sa gueule, et ça se passe super bien, sa fraîcheur nous a fait du bien.

Sébastien : Cet album est une addition de ce qu’on est, tous, individuellement. Il y a également une portée esthétique, au niveau du son tu peux la percevoir. Pour cet album, on a voulu quelque chose de moins évident que ce qu’on a fait avant, au niveau des structures. Tous les gens sont unanimes, on nous dit que l’album mérite d’être écouté plusieurs fois. Et on dirait que les gens apprécient, d’après les retombées qu’on a.

STC : Il faut dire qu’en effet c’est très adéquat de l’écouter d’une traite, ça fait penser à un court-métrage, avec ses péripéties et ses dialogues…

Sébastien : C’est génial que tu dises ça parce qu’on est avant tout des gros gros fans de cinéma. Tous nos albums sont construits comme ça.

Romain : Ce serait un peu un film à tiroirs, cet album, si tu veux percevoir les trucs à l’arrière-plan. À l’inverse, on a tous en tête nos propres albums, face auxquels on se disait « Ouais, c’est pas mal », mais où du temps est nécessaire avant une deuxième écoute. Perso, ça m’a fait ça avec du Pearl Jam, du Alice In Chains, et puis des années après, ayant appris à connaître le groupe, j’ai réalisé que j’écoutais certains albums avec beaucoup plus de plaisir. Une écoute, ça ne suffit jamais !

STC : Dites, on a montré la pochette de l’album à diverses personnes, et ceux-ci se sont exprimés dans tous les sens : on comprend une idée de combat, une idée de symétrie. Mais en gros, pourquoi cet animal, pourquoi cette configuration, cette absence de couleur ?

Romain : On voulait au départ de grandes étendues, de grands espaces.

Sébastien : Puis est arrivé le buffle musqué, c’est une espèce qui est une des plus vieilles espèces sur Terre, résistance aux rudes conditions. On avait l’idée de dualité entre ce côté primaire, deux animaux qui s’entrechoquent, et un logo plus moderne. Ensuite, une photo en noir et blanc, évidemment, tu ne peux pas faire plus antithétique que ça.

Romain : En plus, c’est mon frangin qui a fait cette pochette, il connaît le groupe, et il nous a proposé des choses, en rapport avec de grands espaces et un bœuf musqué. Puis les textes sont arrivés, et il nous a montré cette photo, et c’était clair. L’hexagramme est venu en choisissant le titre de l’album, car il y a eu plusieurs propositions : des noms de morceaux, ou finalement un beau symbole. C’est con, mais un beau visuel, ça peut se retenir.

Sébastien : Et puis t’as cet animal à poil longs, finalement, ça nous ressemble… (rires) Enfin bref, comme l’album est bourré de références à la dualité, et la symétrie de la pochette reflète totalement ça. Mais il y a sûrement d’autres explications, chacun peut y voir une chose différente. C’est dans ce sens que ce n’est pas du tout un album concept.

STC : Ouais, dans le sens où tu ne peux pas plaquer un synopsis avec des personnages inhérents à chaque chanson…

Sébastien : Ça, on l’avait fait pour Black Diamond Snake, où on racontait l’histoire de cette voiture, qui parcourt un chemin, etc… Là on a ce fil conducteur qu’est la dualité, mais ce n’est pas vraiment à prendre comme un concept.

STC : On aimerait savoir, derrière « The One You Want To Be », c’est quoi, selon vous deux, être ce qu’on veut être ?

Sébastien : Les textes sont écrits par Antony (Antony Josse, guitare) et moi, tous les deux ensemble, et tous les textes ont une double lecture. C’est vrai depuis les débuts d’Headcharger. Ça traite souvent de trucs très personnels, qu’on masque derrière l’idée de la chanson. Il n’y a pas de message, on n’est pas un groupe « à message ». Mais the one you want to be, c’est un peu ce dont je te parlais tout à l’heure, soit être face à ses travers pour avancer. En gros, c’est un peu ça. Mais au fond il y a une histoire très personnelle, mais les gens n’ont pas envie d’entre ça, et on n’a pas envie d’écrire ça, on n’est pas Bénabar. (rires) Encore une fois, ça ne rentre pas dans le délire, on est un groupe de rock, on n’a pas envie de raconter nos histoires aux gens.

Headcharger2Photo par Mathieu EZAN

STC : En réfléchissant à ces paroles ce qui était clair au départ c’était l’idée d’introspection et de personnalité, mais on s’est dit « Pourquoi ce n’est pas the one you are alors ? »

Romain : Il y a des histoires de jalousie, de personnes rencontrées, de trucs qui nous sont arrivés, se voiler la face…

Sébastien : On a pour habitude de dire qu’un groupe, c’est un couple, mais à cinq. Et sans le cul. Donc t’as tous les mauvais côtés… Entre guillemets. Forcément, si on reste attachés les uns aux autres, mais il y a forcément des tensions. Ça ne regarde que nous, et le cœur de la chose, mais si le public n’a rien à voir avec ça, c’est quelque chose qui nous influence forcément. Sans t’en dire plus, peut-être bien que the one you want to be, ça traite de ça. Tu vois ? Mais c’est important de laisser la capacité à chacun d’interpréter. On parlait de cinéma juste à l’instant, moi je suis un gros fan de Lynch, justement pour ça. Tu as toujours une part d’interprétation, et au-delà du scénario, il y a toujours quelque chose à comprendre, ce n’est pas fixé.

Romain : Au moins, ça fait discuter. (rires)

STC : Finalement, les gens qui aiment la musique en général viennent toujours chercher quelque chose dans ce qu’ils écoutent. Qu’est-ce qu’on, vient chercher chez vous ?

Romain : Oh ben, je dirais tout simplement de la bonne humeur. Premier abord, outre les textes parfois sombres, tu sens surtout le côté rock’n’roll dans ce qu’on fait. Les gens qui viennent nous voir ne veulent pas faire la gueule ! Je pense qu’ils cherchent aussi de la sincérité, ça fait longtemps qu’on fait de la musique, et je pense que s’amuser et passer un bon moment sont dans les impressions premières que le groupe renvoie.

Sébastien : Même là-dessus au sein du groupe on peut avoir des avis qui se complètent : pour moi, clairement, la musique d’Headcharger, c’est un mec (ou une nana) dans sa bagnole, qui trace la route, et qui se laisse porter, et qui est en introspection. Se nourrir de ce qu’il y a autour de soi, tout en se regardant dans le vide, se dire « Eh, mais moi, j’en suis où ? ». En live, ce que je trouve marquant (même si j’ai pas souvent été spectateur d’un concert d’Headcharger)… eh, c’est un peu schizo ce que je viens de dire… C’est de passer d’un côté fun à un côté lourd, dans la musique et dans l’ambiance, c’est pour ça que notre équipe, notre lighteux qui est aussi technicien son en même temps que lumière, se charge vraiment d’une ambiance précise. J’aimerais bien qu’à l’écoute, surtout Hexagram, ce soit comme tourner des pages d’un roman, où se succèdent des tableaux, divers moments, qui n’ont pas forcément de lien entre eux mais qui emmènent bien quelque part à chaque fois.

STC : Histoire de se renseigner un peu, quels seraient les objectifs du groupe à partir de maintenant ?

Sébastien : Prendre la route, vite.

Romain : Prendre les bonnes choses, comme les mauvaises peut-être, et le live, c’est ce qui nous motive. C’est là qu’on se plaît. En studio, bon c’est plaisant, mais on attend les concerts avec grande impatience. On jouera, on rencontrera des gens…

Sébastien : Et puis on est un groupe de rock, ça se vit sur scène.

STC : Pas sur Facebook ou sur YouTube !

Sébastien : Carrément, et il y en a certains qui feraient bien d’en prendre conscience.

Romain : C’est ça, nous on commence à s’y mettre, mais on est un peu de la vieille école. On s’y met, c’est utile.

Sébastien : Et oui, on continue à répondre personnellement aux messages, c’est le côté que je trouve cool. C’est pour s’ouvrir à l’extérieur au maximum, et surtout pas s’enfermer derrière un écran.

Romain : Finalement, derrière ton ordinateur, tu peux faire ce que tu veux, mais il faut aller en concert ! C’est là que tu juges de la qualité du groupe. Sauf les très grosses machines, aussi camouflées derrière un spectacle. J’aime les concerts à taille humaine, dans des salles de 400-500, tu vois tout de suite s’il y a illusion ou pas. Enfin bref, on se prépare surtout à ça, parce que ça recommence bientôt, mine de rien. Ça commence à tomber, et c’est vraiment cool.

Sébastien : Dont une date à Paris le 4 mai. On est super contents de revenir à Paris, on a toujours un accueil mortel là-bas.

STC : Toute dernière question, si j’ai encore une minute. Expression libre totale : est-ce que chacun de vous peut me dire quel serait son animal spirituel ?

Sébastien : Clairement, moi, le chat. Ils aiment bien dormir, et puis ils ont la classe. (rires)

Romain : Ça va être facile pour moi, je dirais le taureau, parce que je peux être très calme et puis d’un seul coup… Non attends j’ai mieux ! Un gremlins ! Demande aux autres gars du groupe ils te diraient tous ça à mon sujet !

Sébastien : Oh, ça te va très bien !

 

Prenez en note, Headcharger sera en concert à Paris au Petit Bain le 4 mai, ça risque d’envoyer du lourd.

Propos recueillis par Cherry.

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